Seule, la ruine est au bout de ces essais aussi inutiles qu’extravagants

Dès qu’une pièce a fourni une longue carrière, et lorsque des acteurs ont particulièrement brillé dans certains rôles, il est très compréhensible que les nouveaux venus, qui plus tard sont chargés de reprendre ces rôles, s’ingénient à reproduire les effets qui ont si bien réussi à leurs prédécesseurs. La disposition scénique du premier acte ne me paraît pas heureusement conçue. Dans _Phèdre_, Oenone et Théramène ont des costumes appropriés à leurs conditions. Mais alors il ne faut pas que la mise en scène s’attarde à remuer d’énormes machines; il faut qu’elle se fasse alerte et quelque peu féerique pour répondre aux coups d’aile de l’imagination poétique. Or, d’où le public tiendrait-il cette compétence que vous lui reconnaissez, s’il ne devait formuler son jugement que d’après l’observation personnelle et directe du phénomène? S’il a le droit de porter ainsi l’éloge ou le blâme sur vos travaux, sur vos conceptions et sur les résultats de vos longues et pénibles études, c’est qu’il rapporte la représentation que vous lui offrez à l’idée qu’il se fait du phénomène et à l’image qu’il possède en lui-même; et ce qu’il applaudit, ce n’est pas la reproduction d’une réalité qu’il ne lui a pas été donné d’observer directement, mais le degré de ressemblance de l’image que vous dessinez à ses yeux avec l’idée qu’il s’est formée du fait représenté.

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