Au théâtre, le sens du toucher ne s’exerce jamais

Le théâtre de Victor Hugo. On voit que la science de la mise en scène a là un point de contact remarquable avec la physiologie. Il arrive souvent qu’une disposition scénique se trouve en contradiction avec la valeur relative des personnages: dans ce cas, l’effet sur lequel on comptait ne se produit pas, parce que la mise en scène a contrarié et amoindri l’effet dramatique. En outre, dans la vie moderne, l’individualité des goûts suppose un rapport plus étroit entre le sujet et les objets qui l’entourent, et crée en quelque sorte pour chaque homme un milieu individuel dont nous ne pouvons l’abstraire absolument. Un acteur possède donc par lui-même une aptitude particulière à remplir certains rôles. C’est à l’infini qu’on pourrait recueillir des faits semblables.

Qu’on ait encore et toujours à faire quelques progrès dans la composition et dans le port de ces costumes de théâtre, cela se conçoit, surtout si on ne perd pas de vue l’essentiel, c’est-à-dire l’harmonie générale.

Tous ces tableaux nous représentent la vie dans sa complexité et dans son hétérogénéité actuelles; ils forment le fond pittoresque sur lequel s’enlèvent en vigueur les personnages de premier plan. A travers la colonnade du fond, on aperçoit une haute colline que couronnent trois temples. Nous éprouvons sympathiquement l’effroi de Gennaro, mais c’est sur lui que tombe directement la sensation musicale: c’est dans son âme que se joue le drame affreux dont nous attendons, haletants, la péripétie suprême; et c’est, les yeux fixés sur lui et participant à toutes les poignantes émotions qui le traversent, que nous suivons d’une oreille attentive les versets du chant lugubre qui se rapproche. C’est ainsi que dernièrement, à l’Odéon, à une représentation d’_Andromaque_, j’ai vu supprimer la figuration dans la dernière scène du cinquième acte, ce qui est absolument contraire au texte de Racine, ce qui nuit à l’effet représentatif de cette suprême scène et ce qui en outre entraîne la suppression des quatre derniers vers de la tragédie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *