On voit donc combien l’effet général du décor répond mieux à l’idée poétique que les effets

Nous n’avons jamais qu’une notion imparfaite de ce qui est éloigné de nous par le temps ou par la distance, et ce que nous croyons être une vérité absolue n’est jamais qu’une vérité relative, fondée précisément sur nos goûts, sur nos idées, sur nos vues actuelles. Les raisons que nous avons présentées sont artistiques et comme telles de plus grande valeur. Le public subit, comme nous l’avons dit, l’influence du tableau qu’on compose pour ses yeux, et ses dispositions morales se conforment à celles que les figurantes doivent à leur propre attitude. Cette nécessité inéluctable de ne pas blesser la raison du spectateur, de ne pas l’induire à de faux jugements, de ne pas l’égarer sur de fausses pistes, a fait imaginer de classer tout ce qui, en dehors des acteurs, se rapporte à la mise en scène du drame en deux catégories distinctes, la première feinte et immobile, la seconde réelle et mobile. Le hasard, en résumé, ne peut jamais être un ressort dramatique, et la raison en est simple: le mot _hasard_ et le mot _art_ s’excluent mutuellement, le premier impliquant une rencontre fortuite, le second un arrangement préalable. Avec un costume mieux approprié à la situation, l’actrice jouera plus facilement son rôle et le jouera mieux. Si l’on dressait la liste de tous les auteurs ayant joui d’une grande réputation de leur vivant et ayant remporté de très vifs succès au théâtre, on pourrait constater qu’il en est quelques-uns dont les noms ont disparu de la mémoire des hommes, et que la plupart ne nous sont aujourd’hui connus que par les titres de pièces qu’on ne lit plus. Il n’y a pas d’entente artistique possible entre un homme qui éprouve des émotions profondes à la lecture d’Homère ou de Sophocle et un homme qui n’a jamais connu leurs oeuvres que par ouï-dire, ce qui cependant est déjà un progrès sur l’ignorance absolue.

Aujourd’hui, malgré tout ce qui peut subsister de notre ancienne division sociale, nous ne sommes plus répartis selon les règles étroites d’une hiérarchie immuable.

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