Elles marquent le niveau supérieur où s’est élevé le génie français, ou mieux le point culminant

Si je n’ai parlé que des chefs-d’oeuvre classiques, c’est d’abord qu’eux seuls nous font éprouver cette sensation dans toute son intégrité et qu’ensuite je n’ai pas la prétention de juger sommairement les écrivains et les poètes de mon époque. La difficulté est quelquefois plus grande pour des oeuvres modernes, dans lesquelles il faut précisément réaliser pour la première fois des types qui commencent à se former dans notre esprit, et dans lesquels il y a encore prédominance de traits particuliers, variables dans la mémoire de chacun de nous. Ajoutons d’ailleurs que pour cette pièce tous les détails de mise en scène n’ont qu’une importance très secondaire, par la raison qu’_Antony_ est un chef-d’oeuvre, qui restera tel au milieu des transformations scéniques que lui imposera le goût des générations successives. C’est même cette pièce d’étoffe qui devrait remplacer le voile, et que Phèdre devrait avoir ramené sur son front. Sans doute c’est un mérite, et même un grand mérite, d’amuser les spectateurs, et nous nous plaisons souvent à nous laisser duper par de brillantes images; cela nous évite un effort intellectuel, et quand nous arrivons fatigués au théâtre, nous sommes reconnaissants envers un auteur de son habileté à nous procurer une délectation facile et à ménager la paresse de notre esprit.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *