Or, au théâtre, le tact ne peut pas s’exercer, et la distance est toujours assez grande

Sur le premier point, on pourrait s’imaginer que la règle ne s’impose point au répertoire classique, tragédies et comédies, que la mise en scène en est immuable et si bien établie qu’on n’y puisse espérer faire aucun changement. Chez tous les peuples civilisés, qui ne vivent point sous des climats brûlants, le costume s’est superposé au corps, nous en voile les formes, un grand nombre de mouvements, et se substitue à lui dans les images qui se forment d’une façon durable dans notre esprit.

D’ailleurs, c’est précisément parce que la mise en scène est une fiction qu’elle est un art.

Une telle manière de comprendre et de juger les oeuvres dramatiques et d’en apprécier la moralité n’est sans doute pas très élevée; cependant elle n’est ni fausse ni injuste: on peut même affirmer qu’elle est exacte et rigoureuse. Mais si l’auteur s’avise de faire de l’archéologie morale et veut nous intéresser au chagrin particulier qu’a ressenti Périclès à la pensée que son tombeau et ceux de tous les Alcméonides seraient désormais privés des honneurs et des rites héréditaires, il est certain que le chagrin de ce grand homme, démesurément grossi d’un trouble superstitieux que nous ne concevons plus, nous paraîtra purement oratoire et ne nous inspirera aucune sympathie, par la raison bien simple que ce sont des sentiments qui se sont éteints en se transformant et qui n’ont aujourd’hui aucune prise sur notre coeur.

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