On peut aisément fournir des exemples qui mettront en relief cette double contradiction

Cette nécessité inéluctable de ne pas blesser la raison du spectateur, de ne pas l’induire à de faux jugements, de ne pas l’égarer sur de fausses pistes, a fait imaginer de classer tout ce qui, en dehors des acteurs, se rapporte à la mise en scène du drame en deux catégories distinctes, la première feinte et immobile, la seconde réelle et mobile. Occupons-nous d’abord du milieu théâtral. C’est donc une impression générale que doit s’attacher à produire le décorateur; et cette loi n’est pas sans créer des obligations semblables au metteur en scène. Les impressions intellectuelles et les sensations organiques s’annihilent réciproquement. Mais, pour s’y plaire, il faut que l’esprit soit dès longtemps formé à l’abstraction et à la synthèse, et qu’il accorde au fait moral une supériorité constante sur le fait matériel. Dans cette jouissance un peu extatique rien ne vient contrarier le pathétique des situations, rien ne distrait de la beauté des vers, de la logique de l’action, de la justesse des pensées, de l’effet émotionnel des passions; et c’est alors que nous ressentons l’émotion esthétique, non la plus forte, ni la plus profonde, ni la plus complète, mais la plus pure de tout alliage, qu’il nous soit donné d’éprouver.

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